mardi 6 février 2007

Des accomodements raisonnables

Je suis foncièrement convaincue que la richesse d’une communauté, d’une entreprise, d’un groupe, d’un pays, se fait sur le développement de ses ressources propres mais également par l’appropriation d’habitudes ou de manières ramenées de l’extérieur par des étrangers au système… Une autre façon de voir, d’appréhender, de vivre, de croire. C’est un peu ma raison d’être ici, comment savoir que je vis bien si je ne connais pas d’autre façon de vivre ? La frontière est difficile à cerner entre le bienfait de l’appropriation d’une culture différente pour les uns et la nécessité d’adaptation à la culture accueillante pour ceux qui arrivent... (Juste pour info pour la photo, vue du Stade Olympique, on ne dirait pas qu'il fait -20, hein?? Prete a tout pour une photo!)
Il y a quelques semaines, des fenêtres teintées ont été appliquées a la place de celles existantes d’une salle de sport de Montréal afin de contenter la communauté juive Hassidim qui se plaignait que ses garçons d’une école voisine pouvaient avoir à regarder des femmes en tenue de sport, situation jugée inconvenante selon la communauté. De même, ici, on ne peut plus trop parler de soirée de Noel, mais de soirée de fin d’année… Il est vrai que les québécois font preuve généralement de beaucoup de tolérance par rapport aux différences culturelles, puisque c’est par essence un peuple hétéroclite : en 2005, sur 5 enfants nés a Montréal, 3 étaient issus d’une union dont au moins un des parents est immigré.

Tous ces accomodements raisonnables dont font preuve nos communautés modernes que ce soit en France, ou ici, sont a l'image de notre niveau de tolérance relativement élevé…
A « Tout le monde en parle », dimanche dernier sur Radio Canada TV (et oui ici, aussi, on l’a), j’ai trouvé pas mal ce que disait Pascal Bruckner : il parlait de nos cultures occidentales qui sont très tolérantes, mais toutefois, qu’il ne fallait pas tomber dans l’excès qui risquait de nous rendre tolérant envers l’intolérance….

Dans la même émission, je suis tombée sur un sujet dont j’avais entendu parler dans la semaine. Tout ca pour en venir à cet évènement qui me fait halluciner tellement c’est bête et qui fait déjà le tour de la planète. Le conseil municipal d’un petit village paumé de Mauricie (Province du Québec) nommé Hérouxville remet en cause ces principes d’accomodement et a pondu une charte de vie qui explique aux « gens » (vous remarquerez les guillemets) avant qu’ils décident d’immigrer comment on vit dans ce bled (;-) mot arabe) pour qu’ils viennent en connaissance de cause, et qu’en clair, ils adoptent toutes les coutumes ! Un code de conduite a l’attention des immigrés qui édicte que la seule bonne façon de vivre dans ce village est celle d’un catholique moyen et qui par sa rédaction généralise a outrance les comportements des communautés juives et musulmanes, une charte de 5 pages que je joins a cet article juste pour vous montrer comment ca peut faire peur, je tiens a préciser qu’il n’y a bien sur aucun immigré dans la bourgade de 1368 âmes et que d’autres villages sont prêts a suivre l’exemple! (http://municipalite.herouxville.qc.ca/normes.pdf). Et, s’il y a bien sur une chose que je déteste par-dessus tout, c’est les généralisations ! Je trouve ca réducteur et dangereux.

Je suis une petite fille de l’immigration, mon arrière grand-père paternel était italien et avait tenté de fuir un régime pour lequel ses idées politiques pouvaient être fatales, il en est mort hélas, mais a réussi à faire passer ses enfants et sa femme du coté français ou ils pourraient évoluer librement… enfin espérait-il !
Si mon grand-père était encore vivant, je serais curieuse de savoir ce qu’il penserait de ces signes des temps, lui qui a tout fait pour s’intégrer à la société française, si bien qu’au final, hélas, je suis incapable de sortir 2 mots d’italien ! Mais je me rappelle la tristesse qu’il avait ressenti le 21 avril 2002 lors du premier tour des élections présidentielles… et aussi le pélerinage qu’il avait fait pour visiter son village d’enfance, le besoin de se sentir attaché…

Maintenant que je vis mon expatriation, je comprends ce besoin qu’on a de se sentir appartenant à une communauté qui nous rappelle nos racines et notre culture, de retrouver, même loin, des choses qui nous ramènent vers notre origine. Voila c’était pour mon petit coup de gueule !

Pour rester dans le trend, un petit mot sur le Salon automobile International de Montréal qui n’a finalement d’international que le nom, je le comparerais plus a la foire de l’automobile a Tarbes : un étage de 200m2 avec les belles voitures : Ferrari, Porshe, Lamborghini, Mazeratti… et puis le reste juste une expo des voitures qui se vendent au Québec, même pas les Alfa Roméo que vend mon père : Papa si tu me lis, c’est quand tu veux que tu m’offres la Brera !, sinon je serai obligée d’acheter une Audi TT… En y réfléchissant, j’aurai peut-être plus les moyens pour une Mini ! Et puis sans voiture, je vis bien aussi !
Finalement tout est une question d’accomodement !

3 commentaires:

Anonyme a dit…

Nos racines....on y pense beaucoup mais rares sont ceux qui en parlent aussi bien....on ne ressemble qu'à ce qu'on fait, on est semblable à ce qu'on est !

Belz a dit…

Je crois qu'il est important tout de même d'établir clairement ses valeurs et d'indiquer ce qui est acceptable et ce qui ne l'est pas... afin d'éviter les dérapages comme le YMA, le CLSC Parc-Extension, le CLSC Blainville, les stationnements d'Outremont, les écoles juives, etc.

Frédérique a dit…

Merci Louis pour ce message, mais le but de ce blog n'est pas de faire un pamphlet politique au sujet de l'immigration, un seul article n'y suffirait pas... Et l'experience montre combien on peut souvent tomber dans le manichéisme.
Je souhaite, a travers mes articles donner mes impressions en tant qu'expatriée, donc étrangere et non affirmer mes opinions politiques. Je lirai avec plaisir tes articles cependant qui ont l'air tres intéressants.