
En arrivant à Vinaros, je me disais que j’avais devant moi 5 bons jours de tranquillité, de balades sur la plage, et dans la petite ville, de sports, de ressourcement…. Bref, le paradis…Cela faisait trois mois que j’avais dit à ma grand-mère que je venais, et elle m’attendait de pied ferme… Sauf que son interphone ne fonctionnant pas, je m’arrêtais à la bodega en bas de chez elle, pour prendre les clés confiées à Conchi, la patronne et amie de la famille… Elle, toute heureuse de me retrouver, après les 2 ans d’absence, et surtout très fière que je passe la voir en premier – et pour cause !- m’explique, en espagnol, qu’elle n’a pas les clés car Betty les a prises, mais que Manolo peut m’ouvrir avec son jeu de clés….
Ohoh !!! Minute Papillon !!! D’abord quelque chose d’inattendu se passe dans ma tête, je n’étais pas très forte en
espagnol auparavant, mais j’avais quelques bases, et là, pour m’exprimer, tout me vient en anglais !! C’est la catastrophe…
Ensuite, j’apprends que ma tante est là, avec mon cousin et deux de ses amis… Je vois le calme tant espéré s’évanouir en fumée devant moi…. Après cela, je ne comprends pas pourquoi « Manolo », que je connais de vue, car je ne l’ai jamais croisé autre part que dans cette bodéga depuis 5 ans, a les clés de chez MA grand-mère… Là aussi, nouvelle surprise : Mamy a un coloc’ !! Elle m’aura tout fait voir ma grand-mère…Là-dessus, je monte et retrouve enfin ma Mamy Nini adorée, la télévision la regardait faire sa sieste de fin d’après-midi… car il y a aussi celles de début et de milieu d’après-midi!! Elle est étonnée de me voir aussi tôt, « -
Mais Mamy, je ne t’avais pas donné d’heure exacte…, j’ai pris un taxi de la gare… », «
Et nous qui voulions te faire la surprise de venir te chercher à 9H ce soir !!! – Qui ça…nous ? – Et bien, Gérald et Catherine…. – Comment ça, ils sont là, eux aussi ?? – Oui, ils sont arrivés jeudi dernier et repartent après-demain, ils ont emmené Nell pour qu’elle partage des moments avec Romane et Marie….- Ah ! parce que Marie est là aussi !! – Oui, elle dort chez Talou et Lorenzo avec Betty et les jeunes….». Bref une vraie auberge espagnole, où je ne savais pas où j’allais dormir… Envolée, toute idée de quiétude, j’allais vivre l’expérience d’une réunion de famille sans m’y être préparée mentalement à l’avance…. Un choc culturel à l’envers… J’adore ma famille, mais me retrouver de « une », c'est-à-dire, moi toute seule, dans mon monde, loin au Canada, à « Tous » dans mon monde d’avant, me fait une impression vraiment bizarre, comme si je vivais les choses, mais sans être là…



Et puis, les jours et les nuits passent et nous vivons de bons moments ensemble, nous traînons le « Rolser » (panier de courses roulant) pour porter toutes les serviettes et draps de bain que nous installons sur la plage,
nous ne sommes pas dérangés, on peut même dire que nous avons le sable pour nous : en cette fin avril, même si le temps est magnifique et les températures chaudes, l’eau de la Méditerranée reste froide… C’est bon de nous voir tous autant réunis, il est effectivement rare d’avoir la chance de nous retrouver tous au même endroit, hormis pour les mariages….Je réalise également combien mon expérience d’expatriée a du bon, je suis plus détachée, moins dans l’émotionnel,
je peux recevoir et entendre des remarques déplacées sans me sentir obligée de réagir ou de répondre… C’est beau l’expérience…Et puis, les repas, tout un rituel, où nous nous rassemblons tous, une quinzaine, autour de la table, Talou nous préparera des sardines pêchées du matin, ou des moules-frites, des gambas… d
e quoi se lécher les babines… le tout arrosé de « vino tinto » (vin rouge) coulant à flots… Je viens d’une famille où les repas sont extrêmement bruyants, peut-être héritage des habitudes pied-noir de l’Algérie, tout le monde parle en même temps, c’est une vraie cacophonie… Mais qu’est ce que nous rions !
Nous chantons, refaisons le monde, hurlant nos convictions… et à chaque fois, nous avons droit aux mêmes chansons, et aux mêmes histoires… Comme celle où enfant, ma mère accompagnée de son frère avait voulu rajouté du pétrole dans la casserole qui chauffait la salle d’eau où ils prenaient leur bain… le résultat de l’histoire est qu’ils ont fait sauter le mur de la salle de bain qui a atterri dans les escaliers, alors que mon grand-père recevait des assureurs dans le salon… Ces derniers sont partis rapidement… et ma mère n’a avoué que bien plus tard la vérité à son père qui croyait à un accident qui aurait pu tourner au drame… Gérald et elle s’étant maintenus pendant des années à un chantage mutuel au silence… A force de l’entendre, Betty s’est appropriée le méfait de l’épopée et est persuadée que c’est elle qui tenait la bouteille de pétrole, ce qui engendre des dialogues hilarants….




Le jeudi, Gérald et Catherine repartent avec Nell et Romane, et sont très vite remplacés par ma mère et Pierre, il est prévu que je remonte en France à la fin de la semaine avec eux. Nous irons tous à Peniscola, à quelques kilomètres de Vinaros, la ville aux fortifications qui s’ouvre sur la Méditerranée, à laquelle je trouve un charme fou… J’aime particulièrement la vielle ville avec ces petites rues et ses magnifiques balcons ainsi que les terrasses sur les toits qui donnent envie de s’étendre au soleil tels des lézards…. Et puis de là, il y a peu d’endroits où on ne voit pas la mer….Des discussions interminables sur la plage, des rires tard le soir, pleins de petits délires dans les rues de Vinaros ou de Peniscola, pas de calme mais plein de bonheur… A la fin du séjour, j’ai dit à ma grand-mère : « Pourquoi tu ne m’avais pas prévenue que tout le monde venait ? – Je voulais te faire la surprise… - Tu avais surtout peur que je ne vienne pas, hein ?? », lui répondis-je en lui faisant un clin d’œil, elle m’a dit « Bah !» en haussant les épaules… Alors j’ai rajouté : « Tu avais raison, c’était une bonne surprise… »






2 commentaires:
très bon récit et toujours de belles photos, j'ai bien aimé,
gros bisous
maman
Bisous!!!
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